samedi 17 janvier 2009

carnet de voyage 1999 de la présidente

Voilà bientôt deux mois que j’ai quitté, non sans peine, le Bénin. En effet, j’ai laissé derrière moi de nombreux amis mais je ramène de merveilleux souvenirs à partager. Je vais tenter de vous les livrer sous la forme d’un carnet de voyage. Je sais que vous me pardonnerez cette prose quelque peu laborieuse. Mais j’espère en tout cas, vous donnez l’envie de m’accompagner un jour pour découvrir ce petit coin d’Afrique.
BONNE ARRIVÉE !!!!
Pour commencer, le voyage en avion proprement dit fut très agréable étant donné que je voyageais en première classe par le plus grand des hasards. Ce petit privilège m’a aidé à oublier les trois heures de retard et d’attente à Bruxelles ! Un préambule à un autre rapport au temps qu’il faut adopter en Afrique.
Dès la sortie de l’avion et l’entrée dans l’aéroport s’en est fini de l’atmosphère aseptisée occidentale. La chaleur humide, l’agitation et le bruit qui règnent dans la salle d’arrivée font comprendre immédiatement que l’on a mis le pied sur un autre continent voire si c’est pour la première fois sur une autre planète.
Enfin, j’y suis !
Ce mois d’août fut pour moi l’occasion de découvrir davantage ce petit pays tout en me rendant utile. Tous les matins en effet, je me transformais en maîtresse d’école pour le plus grand plaisir de mon filleul, Fabrice, ex-vendeur de savon, son petit frère Germain, nettement moins enchanté mais tout aussi assidu et un jeune orphelin de 12 ans, Taïbou. J’ai été épatée par la volonté et l’application que Fabrice et Taïbou ont déployées au cours de ces 3 heures quotidiennes de « bachotage ». Ils ont travaillé sans relâche, conscients de l’opportunité qui leur était offerte d’améliorer leur niveau. Le désir d’apprendre, la soif d’instruction dont j’ai été le témoin, sont pour moi des encouragements dans mes efforts pour les soutenir.
Durant ce séjour solitaire (ma soeur, Marie-Laure et mon oncle, Marcel, m’ont rejointe seulement mi-août), j’ai pu bénéficier de la légendaire hospitalité africaine. J’ai été accueillie par le président d’Ife Dakpo, l’association de développement de Kaboua. Celle-ci regroupe naturellement tous les villageois mais aussi toutes les personnes originaires de Kaboua et qui travaillent dans les grandes villes. En général, leur situation sociale et professionnelle leur permet de soutenir de diverses façons les projets des villageois, que ce soit dans leur élaboration ou dans leur mise en place et réalisation. Ils « font avancer » certains dossiers qui sinon « se perdraient » dans les méandres des ministères. Vous reconnaîtrez ici au moins un point commun entre nos deux administrations.

FÊTE DE BABA GUIDAI A KABOUA
Je souhaitais monter à Kaboua pour le week end du 15 août afin de découvrir davantage le village mais aussi pour peaufiner la commande des fournitures que nous devions remettre aux écoles et au collège la semaine suivante lorsque Marie-Laure et Marcel seraient arrivés. Escortée par le président d’Ife Dakpo, M. Aaron ainsi que par d’autres membres de l’association, je peux dire sans exagération que j’ai passé deux journées inoubliables à Kaboua.
Ce week-end là coïncidait avec la fin du Festasa, le festival de la culture Shabè (groupe culturel béninois important) dont le point d’orgue était la cérémonie d’hommage rendu à l’illustre guerrier Baba Guidaï. Sitôt arrivés, nous allâmes donc en cortège à la suite des rois du village, Olou Doumaré et Olou Kaboua, à Ilé Iaku, assister à un événement exceptionnel.
Afin que vous goutiez pleinement le caractère exceptionnel de la cérémonie , je me dois de vous narrer en quelques mots l’histoire de ce personnage hors du commun qu’était Baba Guidaï. Venant du Nigeria actuel (l’ethnie Yorouba se moque des frontières artificielles qui ont été tracées suite aux caprices des hommes), Baba Guidaï, prince et guerrier très puissant décidait aux alentours de 1700 de s’installer à Kaboua où il fut accueilli par le roi fondateur du village, sa majesté Olou Kaboua. Baba Guidaï transforma les anciennes Cités-Etats en un véritable royaume à la tête duquel il régna. Je passerai sur les détails de sa vie trépidante et pleine d’exploits guerriers pour en venir à l’illustre épisode de sa vie qui nous rassemblaient tous ce 14 août au matin.
Sa puissance surnaturelle et légendaire lui permit de ne pas connaître une mort ordinaire. Dans un premier temps, il décida de se transformer en lion, projet que sa famille lui fit abandonner en arguant que le puissant guerrier serait maudit dès qu’une attaque de lion se produirait au village. Baba Guidaï rejetant encore le calme d’une dernière demeure terrestre, projeta de se métamorphoser en serpent, idée qu’il dût également délaisser. En effet, les décès par morsures de serpent étant nombreux, ils altéreraient la gloire posthume du guerrier.
Il rentra donc vivant dans la terre et c’est seulement grâce à une petite chaînette qu’il avait toujours sur lui que l’on retrouva le lieu de son prodige. Quelques maillons de la chaîne dépassent encore aujourd’hui du petit trou par lequel Baba Guidaï disparut au sein de la terre. Je vois par avance le sourire ironique qui éclaire le visage de certains à la lecture de cet épisode ! Et pourtant...
Ce matin là, au cours de la commémoration du dernier grand exploit de Baba Guidaï, un de ses descendants, un homme très âgé et aveugle s’est donc approché du trou protégé désormais par une case et a tiré la chaîne. Celle-ci est sans fin et repart d’elle même vers les profondeurs de la terre dès que le vieil homme la lâche. Avant de la laisser repartir, il doit lui faire toucher la corne d’un boeuf qui sera sacrifié à la fin des libations.
Je sais que la majorité d’entre nous si ce n’est la quasi-totalité reste hermétiquement fermé et définitivement sceptique devant une telle histoire. Mais pour ma part, je me suis laissé séduire par cette puissante magie africaine, en me disant que notre rationalité cartésienne occidentale n’était peut-être pas le seul chemin d’accès à la vérité.
L’après-midi fut festive puisque de nombreuses animations se succédaient jusqu’à la tombée de la nuit ; Jeux de lutte, danse des chasseurs témoignèrent de l’agilité, de l’adresse et de la puissance des danseurs. Habituellement elles ont lieu à la tombée du jour après une dure journée de travail ou de chasse. C’est pour cette raison qu’elles reçoivent le nom évocateur d’animations « au clair de lune ».
Les autorités béninoises ont conscience du caractère historique et culturel important de ces cérémonies pour faire connaître la culture shabé. D’ailleurs, attestant de l’intérêt grandissant que le gouvernement porte à l’événement, le ministre de la Culture avait fait le déplacement jusqu’à Kaboua. Précisons encore que toute la journée a été immortalisée par la chaîne de télévision béninoise LC2. J’espère me procurer la cassette très bientôt pour vous faire découvrir de visu l’ampleur de l’événement !
La nuit tombant enfin sur Kaboua, nous nous sommes dirigés vers la maison d’Aaron où nous devions faire le programme de la journée de remise des fournitures la semaine suivante. C’est donc à la lumière d’une lampe à pétrole (Kaboua n’étant pas encore électrifié) que se dessina le fameux grand jour.
Ma journée ne se termina vraiment qu’après un dîner nocturne chez un douanier du village qui enterrait un parent. Les funérailles sont l’occasion au Bénin comme partout en Afrique, de faire une grande fête, à laquelle les parents proches du défunt doivent inviter toute la famille et l’on connaît la taille des familles africaines. « Les morts coûtent cher » dit-on ici et bien des familles s’endettent pour rendre un hommage digne de leur défunt.
Après cette soirée « au clair de lune », je goûtais enfin un repos bien mérité à la mission catholique où le prêtre avait mis à ma disposition une chambre. Le lendemain, j’assistais à une messe d’action de grâce d’une jeune religieuse originaire de Kaboua. Trois heures de cérémonies ponctuées par les chants et les danses de la chorale, les offrandes des produits de la terre (maniocs, ignames, ananas, régimes de bananes).

ARRIVÉE DE MARIE-LAURE ET MARCEL
Après ce week-end riche en émotion je retrouvais Cotonou, sa pollution, son effervescence et surtout je préparais activement le séjour de Marie-Laure et Marcel qui mettaient le pied en Afrique noire pour la première fois.
Le 18 août j’attendais donc comme plusieurs centaines de béninois, l’arrivée des miens. Après l’heure de retard habituelle, l’avion de la Sabena atterrissait enfin. Le premier contact avec l’Afrique noire est toujours surprenant voire cocasse. Chaleur moite, bruit et agitation, tout est condensé dans la salle d’arrivée de l’aéroport. De quoi en déstabiliser plus d’un !
Aussi, rassurés de nous être mutuellement trouvés au milieu de la cohue, nous nous sommes dirigés tant bien que mal vers le parking où nous attendait Paulin, le chauffeur entre les mains duquel Aaron nous avait confiés. Durant tout leur séjour Marie-Laure et Marcel ont été eux-aussi « chouchoutés » par le président et les membres d’Ife Dakpo.

REMISE DES FOURNITURES A KABOUA
A peine acclimatés, nous étions en route pour Kaboua, où nous attendaient une bonne partie de la population et surtout les écoliers en uniforme kaki et en rang par deux.
Dès notre arrivée, et après un premier bain de foule au milieu des enfants en liesse, nous sommes allés saluer Sa Majesté Olou Kaboua au son du tam-tam. Nous avons écouté avec un grand intérêt un membre de la suite du roi nous conter l’histoire du village. Après quoi les festivités pouvaient commencer en présence des autorités du village, du personnel des écoles mais aussi des parents d’élèves sans oublier bien sûr les écoliers. Sur ma requête la cérémonie devait être plus simple que l’année passée. Malgré tout, l’essentiel y était : l’accueil chaleureux, les animations réussies et les discours de bienvenue et de remerciement.
Cette année nous avons acheminé pour plus de 20.000 francs de fournitures pour les deux écoles primaires et le collège. Je vous laisse imaginer la joie de tous lors de la distribution. Quant aux fournitures achetées l’an dernier, elles ont été judicieusement utilisées et les résultats scolaires ont été sensiblement meilleurs. Nous tenons là notre plus belle récompense.
En outre, j’ai annoncé que l’association continuait à soutenir les groupements féminins puisqu’elle mettait à la disposition de la caisse locale du village une somme de 2.000 francs. Cette Caisse permet aux groupements du village d’emprunter de l’argent à taux très bas et ainsi d’acheter du matériel pour accroître leurs activités. Nous avons depuis l’an dernier, décidé de privilégier les groupements de femmes car leurs besoins sont plus modestes et surtout parce que ce que gagne la femme profite à toute la famille.
Ce système de prêt fonctionne bien, car la viabilité des projets est vérifiée, les emprunts sont pratiquement tous remboursés et le taux de 3 % permet d’augmenter la caisse afin que toujours plus de projets puissent être menés à bien.
Un magnifique orage a clôturé la cérémonie mais comme on dit au Bénin dans une telle occasion, ce qui a été arrosé par la pluie donnera beaucoup de fruit. C’était donc un heureux présage !
L’association de développement nous invitait ensuite à la mission catholique où un excellent repas nous fut servi. L’habitude veut qu’à un premier plat qui en notre honneur se composait de poulet, de riz accompagné de sauce, succède un second plat tout aussi copieux, composé de cabri et de semoule. L’inoubliable ananas pirogue achevait le festin. Après une dernière visite, nous quittions Kaboua sous un soleil éclatant.
UN PEU DE TOURISME
Suivit une journée de récupération durant laquelle nous avons visité le marché de Ganhi au centre de Cotonou, et sommes allés à Porto-Novo la capitale du Bénin, ville en perte de vitesse, mais non sans charme avec ses grandes maisons coloniales malmenées par le temps et quelques années de marxisme. C’était aussi l’occasion pour Marie-Laure de rencontrer sa filleule Léa, 8 ans, au CAEB, organisme qui gère le parrainage des enfants que nous sommes quelques uns à avoir pris en charge. Ce fut à Cotonou que Marcel quant à lui rencontra le filleul de sa fille Claire.
Puis, direction Ouidah, et son très célèbre temple des pythons où nos deux comparses n’ont pas hésité à se faire enrouler un de ces fameux reptiles autour du cou. Ouidah, célèbre aussi pour une raison beaucoup moins anecdotique et souriante. Un immense portique au bord de l’océan, baptisé la Porte du Non-retour, symbolise le départ forcé de milliers d’esclaves vendus par les leurs aux marchands européens. La coopération inhumaine entre rois et marchands a été « fructueuse » puisque plus d’un million d’hommes et de femmes ont été déportés aux Amériques ou aux Antilles et sont morts loin de la terre de leurs ancêtres.
C’est par le biais de cette migration forcée que le vaudou , culte animiste originaire du Bénin, s’est implanté en Amérique du Sud et notamment au Brésil.
A la très touristique cité lacustre Ganvié nous avons préféré les discrets mais tout aussi typiques Aguégués, que nous avons rejoints en pirogue au son du doux clapotis de l’eau et entourés d’une végétation luxuriante.
On ne peut terminer le circuit touristique du sud et centre Bénin sans se rendre aux palais des rois d’Abomey où sont retracés les destins des rois qui se sont succédés du 15è au 20è siècle. Bien sûr vous pourriez trouver étrange que je ne parle pas d’éléphant, de lion et autre gazelle faisant la réputation africaine. Mais la réserve du Pendjari au nord du pays est fermée d’avril à octobre durant la saison des pluies.

ÉPILOGUE
Voilà, mon récit touche à sa fin. J’ai oublié de vous parler de l’immense marché de Dantokpa où l’on trouve aussi bien des tissus multicolores que des sacs imitation Chanel, des poissons séchés que des énormes escargots de forêt. Je ne vous ai pas parlé des voyages épiques en zémidjan, du Sodabi, l’alcool de palme local dégusté à la veillée, du merveilleux poulet pili-pili, des mérous et autres bars dégustés sous une paillote au bord de l’océan, de ces enfants vendeurs de cacahuètes, d’eau glacée ou de citron, croisés dans une des rues sablonneuses de Cotonou.
Les souvenirs sont aussi variés que forts. De toute façon ce bref horizon que certains auront trouvé déjà assez long, ne peut pas et ne se veut pas exhaustif. Mon objectif est simplement de vous rendre un peu plus familier un pays et des habitants que vous soutenez par le biais du Baobab de Kaboua. Aussi modeste que notre aide puisse être, elle a le mérite d’exister et même si elle ne représente qu’une goutte d’eau à l’échelle du Bénin, pour Kaboua et notamment pour les mille enfants scolarisés elle change tout

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